DE SPHÆRIS

La culture

astrologique

vivante

Ésotérisme et astrologie
dans la cathédrale de Strasbourg

Par Angèle SINKE

 

Tout dans la cathédrale respire la beauté, la perfection, l’harmonie. Asseyez-vous quelques instants et laissez-vous envahir par un sentiment de grandeur, de paix, de sérénité et d’éternité. Regardez autour de vous, des représentations bibliques, des signes égyptiens, des sculptures et des peintures mythologiques, des tapisseries médiévales et une abondance de symboles astrologiques... Quelle en est l’origine, quel en est le sens ?

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La cathédrale de Strasbourg a été construite entre 1190 et 1439

La cathédrale n’est pas seulement un lieu de culte dédié à la gloire du christianisme, elle reflète les tendances ou pensées religieuses, laïques, philosophiques ou sociales de plusieurs époques.

L’orgue et la chorale appellent à la méditation et les centaines de bougies allumées par les visiteurs créent une atmosphère mystique et ésotérique.

Assis dans la nef, vous vous laissez inonder par la lumière des vitraux. Sur les côtés, de nombreuses petites chapelles permettent de s’isoler pour se recueillir, pour prier dans le silence.

Le Lion de St Marc

L'aigle (Scorpion) de St Jean

L'Ange (Verseau) de St Matthieu

Le Taureau de St Luc

Pour les bâtisseurs de la cathédrale, l’astrologie a été une source d’inspiration primordiale. Pour eux, l’histoire de l’homme est indissociable de l’astronomie et de l’astrologie.

 

N’est-il pas étonnant de constater qu’aujourd’hui l’astrologie est rejetée par l’Eglise tandis qu’elle occupait une place si importante dans la foi religieuse au 12ème siècle ?
Théologiens, hautes autorités et initiés de cette époque ont donné à l’astrologie une place prestigieuse.

 

Dans la Genèse, il est dit : « Dieu dit qu’il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour et la nuit. Que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années. Qu’ils servent de luminaires dans l’étendue du ciel pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi. Dieu fit les deux luminaires, le plus grand pour présider au jour et le plus petit pour présider à la nuit. Il fit aussi les étoiles. »

 

Comment Dieu, qui fit les deux luminaires et les étoiles, pourrait-il en vouloir à l’homme d’essayer de comprendre et d’interpréter ces signes, c'est-à-dire faire de l’astrologie ? Est-ce un hasard si les symboles des quatre évangélistes correspondent aux quatre signes du Zodiaque : le lion de St Marc au signe du Lion, l’aigle de St Jean au Scorpion, l’ange de St Matthieu au Verseau et le taureau de St Luc au Taureau ?

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Les Rois Mages

Déjà la naissance du Christ est marquée par l’astrologie. Les rois mages, curieux des mystères du ciel, sont venus, guidés par une nouvelle étoile annonçant la naissance d’un Enfant roi.

Ces mages étaient des rois, des hommes de science et religieux de surcroît. Ils venaient de l’Orient, de ces pays où, comme la Chaldée, l’astrologie fut florissante.

À cette époque, on attachait beaucoup d’importance aux prédictions des astrologues ainsi le roi Hérode fit tuer tous les enfants nouveau nés. Le thème de l’adoration des mages est reproduit dans la sculpture St Laurent. Les trois astrologues et mages vinrent de trois continents différents...

Balthazar, portant l’encens, salue l’Enfant comme prêtre, Gaspar, offrant la myrrhe, le salue comme prophète, Melchior offre l’or et le salue comme roi.

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La grande horloge astronomique

La cathédrale de Strasbourg, plus que toute autre, nous fais réfléchir sur la notion du temps qui passe, la contrainte qu'il impose sur nos activités, le temps qui fait de l'enfant un adulte puis un vieillard et nous fait voir la mort en face, le temps qui rythme les saisons. Tout est englobé ici dans une immense horloge cosmique.

L’horloge astronomique fut construite dès 1352. Elle porta le nom de "Horloge des Trois-Rois" car, au coup de chaque heure, les Rois Mages s’inclinaient devant la Vierge et l’enfant. Cette horloge s’arrêta de fonctionner et fut reconstruite à différentes époques.

Finalement, l’horloge rénovée, que l’on peut admirer aujourd’hui, est l'œuvre de Jean-Baptiste Schwilgué, mécanicien et horloger de grand talent qui, de 1838 à 1842, sur la demande de la ville de Strasbourg, refit entièrement le mécanisme de la grande horloge.

Il y a de nombreux livres qui expliquent le mécanisme de l’horloge astronomique. Voici quelques unes de ses particularités :

Outre le jour et l’heure, elle indique le temps Sidéral, le temps Vrai, le Temps Moyen et le Temps local Vrai, l’heure du lever et l’heure du coucher du soleil.
On peut admirer un cadran planétaire avec le soleil au centre du zodiaque et les 6 planètes visibles tournant autour de lui. Elle indique également les phases de la Lune.

Autrefois, l'horloge comprenait un calendrier des éclipses conçu pour une durée de 200 ans ; il se trouve actuellement au Musée de l’Œuvre-Notre Dame.

L’horloge est animée de nombreuses statuettes mobiles, telles que les chars des sept divinités planétaires qui correspondent aux jours de la semaine, celle des quatre âges de la vie, le sablier mesureur du temps, etc...
Le temps qui passe fascinait les bâtisseurs de la cathédrale.

Un vaste et complexe programme de peintures est destiné à évoquer le temps sous ses autres aspects, cosmologique, historique ou théologique, en insistant sur la fin inéluctable vers laquelle s’acheminent l’homme et l’humanité.

L’horloge astronomique est admirée chaque jour par de nombreux visiteurs venus du monde entier. Ici aussi tout est beauté, finesse et harmonie.

Le Char de Mars - Mardi

Le Char de Saturne - Samedi

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 Le zodiaque des Vierges sages et folles
 

Vierges folles et le tentateur

C'est au portail de droite de la grande façade que se situent les sculptures des Vierges sages, des Vierges folles et leurs signes.

Les douze signes zodiacaux et les travaux des douze mois sont gravés sous le socle des statues. À chacune d'elles correspond un signe du zodiaque avec son propre caractère et sa propre attitude et mimique.

 

La parabole de ces Vierges est tirée de l'évangile selon Matthieu, chapitre XXV. La connaissance, le bon jugement et la sagesse sont ici symbolisés par des parchemins que tiennent les Vierges en main. Elles tiennent également une lampe qui symbolise la lumière et qui permet de discerner l’essentiel de ce qui est accessoire.

Vierges sages et l'Époux

Pourquoi les sculpteurs ont-ils placé les Vierges respectivement sur des socles représentant les signes du Zodiaque ?

 

Les Vierges sages tiennent un parchemin déroulé dont elles ont pris connaissance et ont la lampe dirigée vers le haut. Les Vierges sages, représentant les signes d’été, sont les statues du signe du Scorpion au Gémeaux, le programme statuaire se lit en sens inverse.

 

De l'autre coté du portail se trouve les Vierges folles, celles-ci tiennent un parchemin fermé avec l'air de vouloir dire « je n'ai pas besoin de le lire, je sais déjà tout. » Elles tiennent leur lampe éteinte dirigée vers le bas, plus matérialistes. Elles représentent les signes d’hiver du Taureau au Sagittaire, le programme se lit également en sens inverse

 

De chaque coté un personnage est ajouté, car il en faut douze. Selon l'évangile de Matthieu, il y a 5 vierges sages et 5 vierges folles. Du côté des vierges sages, on a ajouté l'Époux (qui est à l’image du Christ) et du côté des Vierges qui manquent de jugement, on a ajouté le tentateur, celui-ci représente le Verseau.

 

De gauche à droite, sous les pieds du Tentateur, le Verseau, puis les Poissons, le Bélier et le Taureau

De gauche à droite, sous les pieds de l'Époux, les Gémeaux, puis le Cancer (Écrevisse), le Lion et la Vierge

 

Pourquoi ce calendrier zodiacal des Vierges doit il se lire en sens inverse ?

 

En fait, le calendrier zodiacal qui sert de support aux Vierges est à l'image de la grande année platonicienne, celle qui s'étale au rythme solaire sur 25 920 ans, soient douze mois cosmiques de 2 160 ans terrestres chacun, les douze ères zodiacales.

 

La lecture des Vierges se fait dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et l’inversion volontaire du signe d’ouverture démontre la volonté de marquer la précession des équinoxes, le déplacement du point vernal du Soleil sur le cercle zodiacal.

 

La Balance qui ouvre le programme correspond ici à Saint Michel qui pèse les âmes, tel l'Anubis de la tradition égyptienne. Il est avec Saint Gabriel le gardien des équinoxes, comme les deux Jean sont gardiens des solstices.

Les deux premières statues (Vierges sages) se trouvent donc inversées. En rétablissant l'ordre traditionnel des signes du Zodiaque, la lecture symbolique débute avec la Vierge du Scorpion, image de la " chute" biblique. (Genèse, Le Déluge, chapitre 6.)

 

D'un côté nous avons les Vierges sages de l'ère de la Balance, Scorpion, Vierge, Lion, Cancer et pour finir le Gémeaux qui est symbolisé par le " soi-disant" Époux. De l'autre côté du portail se trouve les Vierges folles, l’ère du Taureau, Bélier, Poisson, Verseau, Capricorne et Sagittaire.

 

Avec la statue du Sagittaire, c'est l'image de la dernière "heure zodiacale" qui sonnera dans près de 6 300 ans et durera 2 160 ans comme les autres. Bien sûr, cela ne signifie pas la fin du monde. Après cette ère, une nouvelle année cosmique recommencera, et l’humanité poursuivra sa course dans un cycle perpétuel. C'est le sens même du Sagittaire, le Centaure qui bande son arc et lance sa flèche vers le ciel, sa quête vers un nouveau but.

 

Ainsi se termine la lecture astrologique du portail sud de la Cathédrale de Strasbourg, la « connaissance » est bien inscrite pour tous dans le ciel.

 

 

 

Références :

"La Cathédrale de Strasbourg et l’Astrologie", Ferdinand David - Éditions du Rocher - ISBN 226801391X

"La Cathédrale de Strasbourg", Michel Zehnacker - Édition Robert Laffont - ISBN 2221074688

Photographies : Angèle Sinke, Didier Castille

 

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Article publié dans De Sphæris N°8, le 27 avril 2008 à 8h15 GMT - Lille 003°E03' / 50° N 38'

Droits d'auteur images © 2008 Angèle Sinke, Didier Castille - Tous droits réservés

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