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DE SPHÆRIS La culture astrologique vivante |
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Cérès et les astéroïdes dans le symbolisme du système solaire Daniel VERNEY |
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Note préliminaire de Daniel Verney : Ce texte a subi des corrections de forme, et quelques modifications mineures du contenu pour l'alléger de références liées au contexte de l'époque, et devenues obsolètes ou peu compréhensibles. Nonobstant ces changements, il s'agit du texte original. Cérès, une petite planète de 700 km de diamètre qui gravite autour du Soleil entre les orbites de Mars et de Jupiter, a été découverte en 1801, suivie en quelques années par trois autres objets analogues : Pallas, Junon et Vesta. Depuis lors, des milliers d'autres corps célestes, en général beaucoup plus petits, ont été repérés et nommés : leurs caractéristiques astronomiques, malgré des différences notables, présentent suffisamment de parenté pour que l'on puisse les considérer comme faisant partie, avec les quatre premiers mentionnés, d'une "famille" : celle des Astéroïdes. Cette famille qui occupe une place particulière dans l'ordonnance du système solaire et comprend quelques objets de dimensions suffisantes pour qu'on les qualifie de planètes, est restée pendant plus de 150 ans après sa découverte hors des préoccupations des personnes qui s'intéressaient à la symbolique du système solaire : voilà un fait curieux qui mérite réflexion ; et il n'est pas indifférent que depuis quelques années se manifeste un intérêt croissant et souvent perplexe à l'égard de Cérès et des Astéroïdes. J'y vois, pour ma part, un signe qui dépasse largement le cadre de l'histoire de l'astrologie car il nous oriente (en convergence avec d'autres éléments) vers une vision du psychisme humain qui est à la fois nouvelle et pourtant reliée aux aspects les plus fondamentaux des traditions symboliques et métaphysiques : chacun de nous vit la situation paradoxale d'un "individu" pourvu d'un corps biologique séparé, organisé et pourtant dépendant de l'environnement et par là constamment confronté au manque, au besoin, bref à ses limites ; et la situation d'une conscience (ou d'une non-conscience) liée à ce corps et pourtant séparée de lui et séparée d'elle-même, et constamment confrontée au principe d'une totalité que l'individu ne possédera jamais et d'un centre qu'il ne sera jamais. Totalité et centre dont l'être humain est voué à assumer le manque et c'est pourtant cela qui constitue l'aiguillon de tout désir, de toute existence, de toute intensité de vie. De cette situation paradoxale, la symbolique de Cérès et des Astéroïdes, telle qu'elle peut être vécue par la Terre (et donc par nous) au sein du système solaire, nous montre une articulation essentielle que j'essaierai de condenser dans les mots suivants :
En effet, c'est autour de ces notions de base que me semblent devoir être axées les valeurs symboliques de Cérès et des Astéroïdes : dans le cadre du présent article ; je n'essaierai pas de le "démontrer", mais plutôt d'en présenter les principaux points de repère et de convergence. Il s'agit ici d'une recherche des fondements de la symbolique du système solaire, non pas "en elle-même" ou "dans l'absolu", mais telle qu'elle peut être vue de la Terre, et vécue et parlée par l'homme sur la Terre ; et plus précisément, telle qu'elle peut être formulée avec les éléments de connaissance dont nous disposons ici et maintenant. Les idées exposées dans cet article (voir note) découlent entre autres :
Cette recherche suppose que l'on fasse référence d'une part à la réalité astronomique, celle du système solaire, dont la Terre et Cérès font partie, et d'autre part à différentes approches des sciences humaines qui nous apportent des éléments à la fois pertinents pour la compréhension de l'homme en situation et, selon nous, fondamentalement en accord avec la structure et la symbolique du système solaire. Note de l'auteur : ces théories étaient étudiées dans un groupe de recherches co-fondé par l'auteur et auxquels il a participé entre 1975 et 1978. La Terre dans le système solaire Rappelons brièvement quelques données astronomiques essentielles qui vont éclairer notre recherche. Tout d'abord, le système solaire est un ensemble ordonné de corps qui tournent (tous dans le même sens) autour d'un corps "central" très particulier, le Soleil (en toute rigueur, le Soleil est un foyer pour chaque orbite planétaire considérée théoriquement comme une ellipse). Le Soleil est une étoile qui transforme sa masse en énergie électromagnétique par un ensemble de réactions thermonucléaires ; cette énergie électromagnétique (dont la partie visible est la lumière) est le moteur de la vie sur la Terre (cf. Henri Laborit, "Du Soleil à l'Homme", Masson, 1963). Mais la caractéristique du Soleil qui nous intéresse ici n'est pas essentiellement le fait qu'il soit la source d'énergie pour la Terre et l'homme, mais plutôt le fait astronomique suivant (qui n'est certes pas indépendant du premier) : le Soleil détient environ 99 % de la masse de l'ensemble du système solaire C'est dire que les planètes se partagent le 1% qui reste, et parmi elles la Terre, qui n'est pas bien grosse par rapport à Jupiter (voir note). Il en découle que : le Soleil détient environ 300 000 fois la masse de la Terre Note de l'auteur : Rappelons qu'en diamètre, la Terre est environ 10 fois plus petite que Jupiter, et celui-ci environ 10 fois plus petit que le Soleil : elle est donc environ 100 fois plus petite que le Soleil. Du fait de cette disproportion des masses, le Soleil est, pour le système solaire, le centre ordonnateur, et cela du fait des forces de gravitation qui sont des forces d'attraction à distance. À plus forte raison, pour la Terre, le Soleil représente :
Ainsi en est-il pour la Terre, troisième planète à partir du centre : c'est en fonction de cette situation particulière de la Terre que nous pouvons donner un sens à l'ordonnance du système solaire, et notamment un ensemble de significations symboliques à chaque orbite planétaire, et cela :
Ainsi, on peut penser que les orbites "intérieures" (Mercure, Vénus) seront porteuses de valeurs symboliques plus proches de l'"unité-totalité-centralité" représentée par le Soleil ; alors que les orbites "extérieures" (Mars, Cérès, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, Pluton) seront porteuses de valeurs symboliques en rapport avec l'extériorité et la perte de l'"unité-totalité-centralité" D'autre part, plus on considèrera une orbite éloignée de celle de la Terre, plus il s'agira de valeurs symboliques éloignées du vécu individuel "brut" ou "naïf" représenté par la Terre elle-même : ainsi, Vénus et Mars seront en rapport avec des valeurs plus proches du physique, et Mercure et Cérès avec des valeurs plus proches du mental ou du "psychique", du moins si l'on essaie de formuler ces valeurs selon les divers niveaux structuraux de l'individu humain.
Bien entendu, il faudrait ici
faire intervenir un facteur essentiel pour la Terre,
l'existence de son satellite la Lune : la Lune est en effet
le seul corps notable qui tourne autour de la Terre, et le
plus proche d'elle parmi les corps célestes. À ce titre,
elle fait de la Terre un "centre", mais un "centre"
individualisé, partiel, "naïf", directement, intrinsèquement
lié au corps physique. Ainsi l'enfant forme-t-il peu à peu
ce que les biologistes du comportement appellent son
schéma corporel, d'une part grâce à la perception de ses
membres qui gravitent autour de lui et de sa peau qui
l'enveloppe et le met en contact avec l'extérieur, et
d'autre part, de façon au départ prioritaire, par la
perception qu'il a de ce que nous appelons la mère et
qui n'est d'abord qu'une partie de lui-même dont il est
séparé (ainsi que la clinique psychanalytique l'a repéré,
notamment dans les travaux de Jacques Lacan et de son
école). |
Article paru dans le numéro
41
ð "L'astrologue" et des Éditions traditionnelles
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"A man of many language symbols" par Eyesplash Mikul sur Flickr "House of knowledge", une sculpture (2008) de Jaume Plensa, exposée ici à Vancouver
Découvrez la liste de tous les auteurs qui ont participé aux Cahiers astrologiques ainsi que leurs articles... ð Consulter la base |
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Cérès et les Astéroïdes dans le système solaire Dans l'ordonnance concentrique du système solaire, Cérès et les Astéroïdes occupent la quatrième place ; il y a des écarts notables (quelques astéroïdes, comme Icare, s'approchent du Soleil en pénétrant à l'intérieur de l'orbite terrestre et s'en éloignent jusqu'aux confins de l'orbite de Jupiter) mais la majeure partie des Astéroïdes ont des orbites pas trop excentriques, situées entre celle de la Mars et celle de Jupiter. |
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"Rhızlınkıng thε mεdıan vacuum" par Joël-Evelyñ-François Dézafit-Keltz sur Flickr
"Language Day May 14 2010"
"sεrεndıpıtoUs Rεsourcε Locator" par Joël-Evelyñ-François Dézafit-Keltz sur Flickr
"sεrεndıpıtoUs Rεsourcε Locator" par Joël-Evelyñ-François Dézafit-Keltz sur Flickr
"We are thinking . . so we are rhizoming !"" par Joël-Evelyñ-François Dézafit-Keltz sur Flickr |
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Il faut remarquer à ce propos que la dimension de chaque orbite planétaire est considérée comme pratiquement le seul élément astronomique constant dans le système solaire : l'ordonnance "concentrique" du système solaire est donc une structure forte et stable et il m'a toujours paru nécessaire de fonder d'abord sur elle la symbolique planétaire vue de la Terre. Au XVIIIe siècle, deux astronomes, Titius et Bode, avaient remarqué, chacun de son côté, que cette ordonnance obéissait à une relation numérique régulière, à condition d'imaginer une planète entre Mars et Jupiter : Cérès, découverte en 1801 est, parmi les astéroïdes, celui qui vérifie de plus près cette relation. Ce fait n'est pas en lui-même une preuve mathématique de l'importance symbolique de Cérès (d'autant plus que jusqu'à présent personne n'a trouvé de justification physique satisfaisante à la "loi de Bode" et que par ailleurs cette loi subit un décalage avec Neptune et Pluton), mais c'est un indice qui nous signale la place particulière des Astéroïdes, et parmi eux du plus gros, Cérès, dans l'ordonnance concentrique du système solaire. On peut résumer cette situation, par rapport à la Terre, et en considérant Cérès comme le "meilleur" représentant des Astéroïdes, de la façon suivante :
Premier aperçu sur la symbolique de Cérès par rapport à la Terre Considérons maintenant - comme nous l'avons implicitement fait au début - la Terre comme un "individu" :
Les orbites planétaires représenteront pour cet individu-Terre des "pôles" de sa structure d' "être-au-monde" :
Vers l'extérieur, Cérès poursuit la projection marsienne dans le monde mais à un niveau mentalisé par rapport à l'agir. Avec Mars, l'individu-Terre fend le monde physique, avec Cérès il fend le monde psychique-mental, il découpe ce monde en morceaux ; c'est la fonction de séparation, d'individuation mentale appliquée d'abord à la pénétration dans le monde extérieur ; c'est la base de cette autre activité fondamentale du cerveau humain : distinguer et nommer au lieu de sentir et d'agir. Mais, pour l'homme, nommer c'est se placer dans le langage, c'est, qu'il le veuille ou non, être en situation dans un monde où le langage lui est imposé (y compris et peut-être d'abord par le genre - il ou elle - qui lui est donné dans la langue maternelle, et par le nom qui sera toujours d'une façon ou d'une autre le nom du père ou - comme dirait J. Lacan le non du père. Aussi n'y a-t-il pas pour l'être humain d'activité mentale de pure séparation : dès qu'il y a le langage et la nomination, il y a tout un réseau de relations de type structurel et logique, même si ces relations sont inconscientes : c'est une des découvertes fondamentales de notre époque, entrevue par Freud, énoncée par le linguiste Jakobson, reprise et développée par J. Lacan : l'"inconscient est structuré comme un langage". Quelques éléments sur la psychogénèse humaine et la symbolique du système solaire Ces réflexions à partir de l'ordonnance du système solaire nous fournissent des points de repère pour déchiffrer la place symbolique de Cérès - en tant que représentante des Astéroïdes - dans le système solaire vu de la Terre. Il est bien évident que cette place symbolique ne pourrait qu'être évoquée de façon abstraite si nous ne faisions référence à une grille de description du vécu et des situations humaines. C'est là, à mon sens, la situation, elle aussi paradoxale, de la symbolique astrologique : considérée en elle-même ce n'est qu'une structure abstraite, un squelette sans chair ou un vase sans contenu ; il vaut mieux affronter ce fait que de lui tourner le dos ; c'est chaque individu qui donne un sens à cette structure, mais en fonction de caractéristiques intrinsèquement liées à la "condition humaine" et qui, à chaque époque, s'organisent dans différentes visions du psychisme humain en situation. Il semble que nous disposions actuellement d'éléments qui permettent d'aller très loin dans la compréhension du psychisme humain et surtout de la transformation individuelle qui pourrait s'appeler découverte du "sens" de l'existence individuelle et par suite, pour chacun, découverte de la "jouissance" (jouir du sens). Il n'est pas question d'entrer ici dans les détails mais l'on peut dire qu'une condition nécessaire à la mise en œuvre de ces éléments de connaissance, ce serait, pour chaque individu, d'assumer la "castration", c'est-à-dire la séparation, c'est-à-dire la limitation, de l'existence individuelle : "je" n'ai pas la totalité, "je" ne suis pas le centre, de même que la Terre n'est pas le Soleil. Pourtant, de façon "naïve" au début de la vie, puis d'une manière plus élaborée, "je" me vis comme totalité et comme centre du monde : il y a en moi un "enfant-roi" qui, par tous les moyens - y compris les plus subtils et les moins "conscients" - dépense une énergie considérable à "tirer la couverture à soi"... Sans doute, le système vivant qu'est mon corps est entièrement organisé pour sa propre survie, le maintien de son équilibre interne (ce que les biologistes appellent l''"homéostasie"), ainsi que pour la conservation de son espace vital extérieur. Mais c'est le propre de l'homme - à la différence de l'animal - de pouvoir construire, sur la base de ses besoins physiologiques, un être "phantasmatique", le "moi - je", l'enfant - roi qui, en fait, a pour fonction essentielle la fabrication, le maintien, le développement (et la projection sur autrui) d'une image de soi. Image indispensable à la construction du moi, l'"enfant-roi" est sans cesse à tuer en moi et sans cesse renaissant (cf. Serge Leclaire : "On tue un enfant", Le Seuil, 1975). On peut dire, en résumant, que la situation typique vécue par tout être humain est la transposition (différente pour chacun, certes, mais fondamentalement identique) de la situation "vécue" par la Terre : attirée par un Soleil qu'elle "désire" mais avec lequel elle ne saurait fusionner (sauf à disparaître en tant qu'individualité), et attirant une Lune qui l'entoure et l'enveloppe mais qui ne coïncide jamais avec elle, malgré sa proximité. Dans les premiers temps de son évolution post-natale, le petit homme, impuissant et dépendant entièrement de la "mère" (cette partie de lui-même dont il est irrémédiablement coupé à la naissance) vit un processus d'"intériorisation" : il est nourri et surtout il fait fonctionner ses fonctions de sensation qui projettent le monde extérieur en lui-même, et, à partir du matériau de ces sensations il développe une activité phantasmatique intense (Mercure) qui supplée à son impuissance motrice et contribue puissamment à la constitution de son unité propre, de son "moi". Bien entendu, il peut le faire grâce aux apports extérieurs et surtout grâce au fait qu'il possède en naissant une structure physiologique qui est en résonance avec le monde : l'essentielle, à ce niveau, est l'existence d'un système nerveux central et surtout le développement d'un néocortex (la partie du cerveau qui est le propre de l'homme) caractérisé par une prédominance gigantesque des possibilités de combinaisons internes (liaisons entre neurones) par rapport aux liaisons avec le monde extérieur. Mais ce système nerveux attend, chez tout enfant, d'être éveillé par le langage. La "fonction Cérès" et le langage Le langage c'est l'intrusion en moi du monde extérieur, puis ce deviendra un "outil" de conquête du monde par le moi et un système de "fortification" et de défense du moi. Mais ce peut être (cf. les langues d'Esope), bien mieux que cela : l'arche entre "moi" et le monde, l'"alliance" avec autrui, l'expression du désir en fonction du désir de l'autre. Mais avant d'en arriver là, que se passe-t-il ? Dans son processus de construction du moi, l'enfant construit son "schéma corporel" et surtout il prend à un certain moment "conscience" de sa propre image d'abord en relation avec celle de la mère, puis en s'affirmant de plus en plus. Par ailleurs, l'intervention du langage puis celle d'un troisième terme, le père, l'obligent à sortir de la dualité enfant-mère et à se projeter dans le monde extérieur - et cela évidemment de façon différente selon qu'il est garçon ou fille, bien que chacun porte en soi les polarités masculines et féminines. D'abord il casse, il jette (Mars) faisant ainsi l'expérience à la fois de l'espace extérieur et de son propre pouvoir sur les autres (la mère). Mais aussitôt il classe, c'est-à-dire qu'il rassemble les morceaux qu'il a cassés et découpés dans son monde, en organisant ces éléments selon une logique, même s'il s'agit au départ d'une logique fluctuante et difficile à saisir de l'extérieur : c'est la mise en jeu de la "fonction Cérès". Avec Cérès fonctionne un double processus axé sur la pénétration du monde extérieur par l'individu mais au niveau et au moyen du mental, du langage articulé, de la nomination :
La caractéristique du langage humain c'est qu'il est articulé et qu'il est inséparable d'une fonction d'abstraction qui oblige l'individu à prendre une distance vis-à-vis du monde concret et du monde des images ; et qu'il fonctionne linéairement, dans le temps. On voit ainsi comment la fonction Cérès (le mental qui découpe puis relie linéairement) à la fois s'oppose et s'associe avec la fonction Mercure (le mental qui reçoit les éléments de l'extérieur et les combine de façon multiple, dans toutes les dimensions possibles, y compris celles des phantasmes), de même que la logique s'oppose et s'associe à l'intuition, le discours articulé à la parole globale, la nomination au cri. L'introduction de Cérès et des Astéroïdes dans la symbolique du système solaire nous interdit désormais de confondre ces fonctions et dissout la confusion qui m'a toujours paru grever traditionnellement la symbolique mercurienne. Elle nous permet aussi de mieux sentir le lien et la différence qui jouent entre le signe zodiacal des Gémeaux (prédominance de Mercure sur Cérès) et celui de la Vierge (prédominance de Cérès sur Mercure). Je voudrais indiquer brièvement un point de repère biologique qui permet de mieux sentir la dialectique Mercure - Cérès. Les biologistes ont mis en évidence deux grands types de connexions des neurones du système nerveux :
Analogiquement, le type réticulé correspond à la fonction Mercure et le type lemniscal à la fonction Cérès. En fait, dans le cerveau humain, les choses sont bien plus compliquées, car les deux systèmes sont étroitement imbriqués l'un dans l'autre, ce qui expliquerait peut-être - entre autres - les capacités étonnantes, aussi bien positives que négatives, que développe le moi humain pour mêler l'intuition et la logique, le sentiment et la raison. La fonction Cérès joue un rôle essentiel dans la projection vers l'extérieur par laquelle l'individu humain poursuit les obscurs objets de son désir, de ce désir fondamentalement lié au manque de totalité, au "manque à être" qui caractérise l'individualité. On sait maintenant, depuis Freud et avec certains de ses continuateurs, qu'il y a de la logique, de la structure dans l'inconscient et par exemple dans la formation des défenses plus ou moins compliquées du "moi". L'ambiguïté du pôle mental extériorisant (Cérès) vient justement du fait qu'il s'appuie sur l'objectivité du monde extérieur pour conquérir ce monde et pour tenter d'approcher ce pôle solaire de totalité qu'en fait personne n'incarne. Et cela n'empêche pas la fonction Cérès de s'appliquer effectivement au monde et de permettre d'y avancer par la connaissance claire et distincte. Le langage articulé est d'abord ce qui structure l'inconscient (cf. la "langue maternelle"), mais c'est aussi ce qui permet à l'individu de prendre une distance vis-à-vis du monde de ses besoins et de ses phantasmes, et c'est peut-être le seul "outil" véritablement efficace pour cela. Le langage, mis en œuvre alors non plus pour asservir le monde et autrui par le mental, mais pour casser l'aliénation individuelle, permettra éventuellement à l'être humain de jouir de sa propre spécificité, en prenant conscience du fait que cette spécificité, comme le langage lui-même, ne lui "appartient" pas : elle est en fait à chaque instant à créer avec des matériaux qui viennent du monde extérieur, c'est-à-dire essentiellement de la relation à autrui. À ce prix : assumer la séparation et sa propre limite - l'individu peut, avec le langage, parler et vivre son désir. Tout se passe finalement en l'individu, ici et maintenant, c'est-à-dire sur la Terre... et non sur Cérès ou sur le Soleil.
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Article publié dans De Sphæris, le 1er octobre 2010 Droits d'auteur images © 2010 Météores, D. Verney, E. Mikul, P. de Monterey, D. E. F. Dézafit-Keltz, FlickR - Tous droits réservés Informations juridiques et copyright
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