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Il ne sera pas hors de
propos de donner ici quelques détails sur les Chaldéens de
Babylone et sur leur antiquité, afin de ne rien omettre de
ce qui est digne de mémoire.
Les Chaldéens sont les plus
anciens des Babyloniens; ils forment, dans l'État, une
classe semblable à celle des prêtres en Égypte. Institués
pour exercer le culte des dieux, ils passent toute leur vie
à méditer les questions philosophiques et se sont acquis une
grande réputation dans l'astrologie. Ils se livrent surtout
à la science divinatoire et font des prédictions sur
l'avenir ; ils essaient de détourner le mal et de procurer
le bien, soit par des purifications, soit par des sacrifices
ou par des enchantements. Ils sont versés dans l'art de
prédire l'avenir par le vol des oiseaux; ils expliquent les
songes et les prodiges. Expérimentés dans l'inspection des
entrailles des victimes, ils passent pour saisir exactement
la vérité.
Mais toutes ces connaissances ne sont pas enseignées de la
même manière que chez les Grecs. La philosophie des
Chaldéens est une tradition de famille; le fils qui en
hérite de son père est exempté de toute charge publique.
Ayant pour précepteurs leurs parents, ils ont le double
avantage d'apprendre toutes ces connaissances sans réserve
et d'ajouter plus de foi aux paroles de leurs maîtres.
Habitués à l'étude dès leur enfance, ils font de grands
progrès dans l'astrologie, soit à cause de la facilité avec
laquelle on apprend dans cet âge, soit parce que leur
instruction dure plus longtemps.
Chez les Grecs, au contraire, on entre dans cette carrière
sans connaissances préliminaires, on aborde très tard
l'étude de la philosophie, et, après y avoir travaillé
pendant quelque temps, on l'abandonne pour chercher dans une
autre occupation les moyens de subsistance ; quant au petit
nombre de ceux qui s'absorbent dans l'étude de la
philosophie et qui, pour gagner leur vie, persévèrent dans
l’enseignement, ils essaient toujours de faire de nouveaux
systèmes et ne suivent point les doctrines de leurs
prédécesseurs. Les Chaldéens, demeurant toujours au même
point de la science, reçoivent leurs traditions sans
altération; tandis que les Grecs, ne songeant qu'au gain,
créent de nouvelles sectes et se contredisent entre eux sur
les doctrines les plus importantes et jettent le trouble
dans l'âme de leurs
disciples qui, ballottés dans une incertitude continuelle,
finissent par ne plus croire à rien. En
effet, celui qui veut examiner de près les sectes les plus
célèbres de nos philosophes, pourra se convaincre qu'elles
ne s'accordent nullement entre elles, et qu'elles professent
des opinions contradictoires sur les points les plus
essentiels de la science.
Les Chaldéens enseignent que
le monde est éternel de sa nature, qu'il n'a jamais eu de
commencement et qu'il n'aura pas de fin. Selon leur
philosophie, l'ordre et l'arrangement de la matière sont dus
à une providence divine; rien de ce qui ne s'observe au ciel
n'est l'effet du hasard ; tout s'accomplit par la volonté,
immuable et souveraine des dieux.
Ayant observé les astres depuis les temps les plus reculés,
ils en connaissent exactement le cours et l'influence sur
les hommes, et prédisent à tout le monde l'avenir. La
doctrine qui est, selon eux, la plus importante, concerne le
mouvement des cinq astres que nous appelons planètes (astres
errants) et que les Chaldéens nomment interprètes.
Parmi ces astres, ils regardent comme le plus considérable
et le plus influent, celui auquel les Grecs ont donné le nom
de Kronos (Saturne), et qui est connu chez les Chaldéens
sous le nom de Hélus. Les autres planètes sont appelées,
comme chez nos astrologues, Mars, Vénus, Mercure et Jupiter.
Les Chaldéens les appellent interprètes, parce que les
planètes, douées d'un mouvement particulier déterminé que
n'ont pas les autres astres qui sont fixes et assujettis à
une marche régulière, annoncent les événements futurs et
interprètent aux hommes les desseins bienveillants des
dieux. Car, les observateurs habiles savent, disent-ils,
tirer des présages du lever, du coucher et de la couleur de
ces astres ; ils annoncent aussi les ouragans, les pluies et
les chaleurs excessives. L'apparition des comètes, les
éclipses de soleil et de lune, les tremblements de terre,
enfin les changements qui surviennent dans l'atmosphère,
sont autant de signes de bonheur ou de malheur pour les pays
et les nations aussi bien que pour les rois et les
particuliers.
Au-dessous du cours des cinq planètes sont, continuent les
Chaldéens, placés trente astres, appelés les dieux
conseillers : une moitié regarde les lieux de la surface de
la terre; l'autre moitié, les lieux qui sont au-dessous de
la terre ; ces conseillers inspectent à la fois tout ce qui
se passe parmi les hommes et dans le ciel. Tous les dix
jours, un d'eux est envoyé, comme messager des astres, des
régions supérieures dans les régions inférieures, tandis
qu'un autre quitte les lieux situés au-dessous de la terre
pour remonter dans ceux qui sont au-dessus ; ce mouvement
est exactement défini et a lieu de tout temps, dans une
période invariable.
Parmi les dieux conseillers il y a douze chefs dont chacun
préside à un mois de l'année et à un des douze signes du
zodiaque. Le soleil, la lune et les cinq planètes passent
par ces signes. Le soleil accomplit sa révolution dans
l'espace d'une année, et la lune dans l'espace d'un mois.
Chaque planète a son cours
particulier ; les planètes diffèrent entre elles par la
vitesse et le temps de leurs révolutions. Les astres
influent beaucoup sur la naissance des hommes et décident du
bon ou du mauvais destin ; c'est pourquoi les observateurs y
lisent l'avenir. Ils ont ainsi fait, disent-ils, des
prédictions à un grand nombre de rois, entre autres, au
vainqueur de Darius, Alexandre, et aux rois Antigone et
Séleucus Nicator, prédictions qui paraissent toutes avoir
été accomplies et dont nous parlerons en temps et lieu. Ils
prédisent aussi aux particuliers les choses qui doivent leur
arriver, et cela avec une précision telle que ceux qui en
ont fait l'essai en sont frappés d'admiration, et regardent
la science de ces astrologues comme quelque chose de divin.
En dehors du cercle zodiacal, ils déterminent la position de
vingt quatre étoiles dont une moitié est au nord et l'autre
au sud ; ils les appellent juges de l'univers : les étoiles
visibles sont affectées aux êtres vivants, les étoiles
invisibles aux morts. La lune se meut, ajoutent les
Chaldéens, au-dessous de tous les autres astres; elle est la
plus voisine de la terre en raison de la pesanteur, elle
exécute sa révolution dans le plus court espace de temps,
non pas par la vitesse de son mouvement, mais parce que le
cercle qu'elle parcourt est très petit; sa lumière est
empruntée, et ses éclipses proviennent de l'ombre de la
terre, comme l'enseignent aussi les Grecs. Quant aux
éclipses de soleil, ils n'en donnent que des explications
très vagues : ils n'osent ni les prédire, ni en déterminer
les époques. Ils professent des opinions tout à fait
particulières à l'égard de la terre : ils soutiennent
qu'elle est creuse, sous forme de nacelle et ils en donnent
des preuves nombreuses et plausibles, comme de tout ce
qu'ils disent sur l'univers.
Nous nous éloignerions trop
de notre sujet, si nous voulions entrer dans tous ces
détails; il suffit d'être convaincu que les Chaldéens sont
plus que tous les autres hommes versés dans l'astrologie, et
qu'ils ont cultivé cette science avec le plus grand soin. Il
est cependant difficile de croire au nombre d'années pendant
lesquelles le collège des Chaldéens aurait enseigné la
science de l'univers; car depuis leurs premières
observations astronomiques jusqu'à l'invasion d'Alexandre,
ils ne comptent pas moins de quatre cent soixante-treize
mille ans.
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Traduit du grec par
Ferdinand Hoefer
Ouvrage paru à Paris en 1865
Librairie Hachette, Boulevard Saint-Germain
Diodore de Sicile est
un historien et un chroniqueur grec du Ier siècle av. J.-C., né
à Agyrium, en Sicile.
Contemporain de Jules César et d'Auguste,
il visita toutes les
contrées d'Europe, d'Égypte et d'Asie pour s'établir
finalement à Rome. Son œuvre, considérable, fourmille d'informations sur l'Égypte antique, la Grèce antique
et la Rome antique. Il y consacra trente années.
Les trois chapitres publiés
ici sont tirés de sa "Bibliothèque historique", qui couvre plus de mille ans
d'histoire, des temps mythologiques à César.

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Stèle babylonienne
Musée du Louvre, Paris
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