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"Ces
fauves ne s'attaquent qu'à ceux qu'ils ont réussi à
effrayer."
Eliphas Levi - La Magie des Mages
Carré -
carrément - caresser. De préférence dans le sens du poil...
Car, comme tous les caractères revêches, le carré livre le
meilleur de lui même après avoir mené une juste et digne
bataille, destinée à tester la force du partenaire plus
encore que la sienne propre...
L'astrologie catastrophiste et dramatisante attribue au
carré les pires méfaits, des douleurs d'enfance (ah! comment
survivre à l'image maternelle mortifère d'une Lune carré
Pluton!), aux pertes de situation (qui ne savait encore qu'un
carré Jupiter-Soleil barrait la route de toute ascension
sociale... ) en passant par les crises personnelles (un bon
carré Mars-Saturne décapant à souhait...) sans parler des
folies mystiques (rien de tel qu'un carré Neptune-Soleil) ni
des morts physiques accidentelles et traumatisantes (que
reste-t-il de vos ancêtres après un transit de Saturne sur
la IV au carré d'Uranus... ).
Et, si tout cela reste vrai et a déjà mille fois été vécu
comme tel, faut-il pour cela oublier que ces mêmes aspects,
natals ou momentanés, constituent surtout les étapes
d'évolution et de structuration les plus importantes de la
personnalité, les challenges à travers lesquels s'exprime
non pas une destinée toute tracée mais, au contraire, la
part de liberté la plus appréciable qui vous soit offerte
pour transformer et transmuter une énergie inconfortable en
fruits que l'on ne devra qu'à sa seule conscience, force et
maturité individuelles.
Un carré
vous largue seul(e) contre tous, seul(e) face à vous-même,
malgré tout, et grâce à l'ensemble des pièges qui semblent
vous cerner comme autant de nœuds gordiens que vous êtes
invité(e) à trancher, sans autre soutien que votre énergie
vitale et votre désir d'autonomie.
L'inconscient collectif est si fort que
les étudiants en astrologie manquent rarement de pousser un
"ah!" empreint d'une délicieuse fascination lorsque l'étude
des aspects est abordée, et en particulier celle du carré.
"Ah", se disent-ils, "on va enfin parler de ce à quoi
on ne peut absolument pas échapper en astrologie." Qu'il est
bon et confortable de se décharger de toute initiative sur
un bon carré bien invincible auquel il ne reste plus qu'à se
soumettre, tel le lapin devant le serpent qui ne va pas
manquer de l'avaler...
Eh bien non, pas du tout! C'est le moment ou jamais de faire
appel à sa part de libre arbitre et et à ses capacités
d'individuation. Les
étudiants sont bien déçus autant que les consultants
qui voudraient que l'astrologie prenne en charge toute la
part d'ombre qu'en eux-mêmes ils ne veulent pas, ou ne
peuvent pas, affronter et contre laquelle leur "petitesse"
humaine ne pourra leur être d'aucun recours. Il s'agirait
donc de l'admettre mais, surtout, de s'y soumettre. De là à
y voir le signe d'une punition divine, il n'y a qu'un pas, à
la tentation duquel il est si vain d'échapper...
Or, selon moi, l'inconfort est justement la dynamique
spécifique de carré comme le confort est celui du trigone.
Vouloir y échapper dans une fuite passéiste et soumise est
donc un contre-sens. Se priver de la dynamique de ses
carrés, c'est n'en pas mériter les dons. Reste à savoir
comment faire et là, seule la vastitude de l'
astrologue-conseil et le travail de l'individu sur lui-même
peuvent donner les clés.
En effet, considérant qu'un thème offre la carte des
différentes forces mises en présence, on peut, suivant le
mouvement de la vie, prendre tel ou tel voie (verte pour les
trigones et sextiles et rouge pour les carrés et
oppositions) pour aller d'un point de son parcours
individuel à un autre. Se tenant à un point (une planète) du
parcours, on peut prendre telle ou telle voie ou y être
précipité. Parfois on n'a pas le choix, parfois il s'agit de
se le donner.
Dans cette optique dynamique et mobile du thème, un trigone
(ou un sextile à moindre effet), c'est comme si, pour se
rendre vers un autre point (planète) du parcours, on avait
la voiture, neuve, impeccable, le réservoir est plein, on a
les clefs, l'autoroute est déserte, les péages inexistants,
le paysage magnifique. On roule sans réfléchir pas plus
qu'on ne réfléchit à la destination. Le confort est présent
partout mais l'endormissement guette et le plaisir d'arriver
à bon port avec autant de chance n'est pas forcément
évident. Bien sûr, il vaut mieux connaître de temps à autre,
au moins, ce genre de période idyllique où l'on est comme
"poussé par plus loin que soi-même" sans grande conscience
de l'effort. Et il vaut mieux avoir une telle possibilité,
un tel turbo de rechange quelque part dans son parcours. Ce
serait ingrat de dire le contraire.
Une
opposition témoigne de la mise en relation de deux forces
opposées qui mobilisent l'être et le polarise en alternance.
Un coup à Marseille, un coup à Lille, sans cesse de Lille à
Marseille, toujours sur la route, quelle déperdition
d'énergie sans ancrage et sans fixation véritable.
Finalement on passe plus de temps à rouler qu'à construire,
jusqu'au jour où l'on s'aperçoit que le bon lieu pour le
faire c'est peut-être... Clermont-Ferrand. Mais en attendant
de trouver le lieu pour vivre une telle énergie à double
face, le pire serait que l'on soit tiré entre Marseille et
Lille et qu'on craque en route. C'est ce que Joëlle de
Gravelaine décrit dans l'allégorie de l'élastique...
Un carré, quant à lui, témoigne de la mise en relation de
deux forces incompatibles. Elles sont incompatibles
absolument, mais elles sont reliées tout aussi
inexorablement. C'est comme si on avait une voiture
(explosive) : on sait où on veut aller (obstinément) mais on
n'a pas la clef, on n'a pas d'essence, l'autoroute est
fermée et on est dans la nuit, dans le brouillard et sans
bons phares. On avouera qu'on peut trouver plus
confortable... et pourtant reste, impérieux, exigeant,
vital, le désir d'atteindre son objectif doublé de la
nécessité d'évoluer pour trouver seul les moyens qui
n'existent pas à l'origine.
Qui dit problème dit résolution et donc prise de conscience
et action personnelle. C'est l'occasion inespérée de
comprendre la part d'explosivité de son véhicule, de nommer
sa nuit, de lever les voiles du brouillard, de réfléchir à
l'absence de visibilité intérieure, de trouver la clef de
contact. Cela comme dans une urgence, dans le non-choix,
dans l'amour et le respect de soi aussi. Surtout. Une
expérience dont on ne sort pas du tout ou dont on sort
grandi, sans autre troisième alternative. Et qui fait que
peut-être, la prochaine fois, on décidera de prendre le
train...
En
transit, le carré est structurant également car il marque
les étapes du cycle complet d'une planète, selon le modèle
des phases lunaires chères à l'école humaniste.
-
Retour
de la planète sur elle-même (Nouvelle Lune), nouveau
cycle occulte et encore invisible aux autres comme à
soi.
-
Premier carré (Premier Quartier), il est temps de jeter
les bases d'une nouvelle dynamique, d'une nouvelle
étape, d'initier le mouvement vers la visibilité.
-
Opposition (Pleine Lune), première phase de maturation
de l'étape débutée lors du retour (Nouvelle Lune),
accomplissement et distribution des fruits qui s'en suit
dans le collectif.
-
Dernier carré enfin (Dernier Quartier), on arrive en fin
de cycle, on se désintéresse des fruits qui sont
pourtant abondants et mis à portée. Il s'agit de trier,
de mettre de l'ordre, de structurer pour passer à une
autre étape, lors du prochain retour de la planète sur
elle-même.
Bien sûr,
ces phases-là sont surtout très intéressantes avec Jupiter
et Saturne en regard de la durée de leur cycle mais
également, de façon beaucoup plus profonde et étendue, avec
Uranus, Neptune et Pluton, lorsque ces planètes transitent
en carré les planètes natales. Autant de défis, autant de
chances de franchir les différentes portes qui mènent vers
soi-même. Avec le carré nul cadeau en dehors de ceux que
vous vous offrez à vous-même.
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Cet article est
paru dans la revue
"Urania Magazine", n°19

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Aline Apostolska ne
pratique désormais plus l'astrologie et
se consacre exclusivement à la création
littéraire.
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